Rendre compte d'une analyse


in PSYCHANALYSE ET CRIMINOLOGIE N° 117

Auteur : Sophie De Mijolla-Mellor

Résumé

C’est à la demande de l’une des anciennes patientes d’un auteur dont l’article figure dans le n° 116 de Topique que nous publions le communiqué ci-dessous dont elle a elle-même rédigé à son tour le texte :

« Afin d’éviter toute confusion, nous précisons que l’article publié dans le n° 116 de Topique par XXX lui a été inspiré par plusieurs patients et par son imagination. »

« Rendre compte d’une analyse » est un exercice périlleux dont j’avais souligné pour ma part les embûches dans un texte paru en 2006 dans le n° 97 de Topique (L’écoute transmise).

J’y rappelais en autres que le problème déontologique de la discrétion rejoint aussi une question méthodologique portant sur la subjectivité du compte-rendu d’analyse car, si l’analyse se produit précisément dans l’espace de la rencontre entre deux subjectivités, chacune ne pourra jamais en rendre compte qu’au travers de son propre prisme.

Aussi, l’analyse « objective », la « vraie » version que l’analyste comme l’analysant se plairaient à imaginer est-elle vouée à demeurer hors d’atteinte. C’est bien là aujourd’hui la question qui est ici soulevée.

Faut-il pour autant s’abstenir de publier des textes comportant des références cliniques longues ou brèves et éviter ainsi à l’analysant le risque de se reconnaître et de s’y trouver trahi voire défiguré ?

Je souhaiterais pour ma part que les deux lignes ci-dessus que nous publions bien volontiers puissent plus généralement servir d’exergue à toute publication impliquant à un titre ou à un autre ces secrets qui nous ont été confiés pour d’autres fins.

Rappelons que Freud, s’il n’a pas hésité à faire connaître le contenu de plus d’une analyse, grâce à quoi il est vrai la théorie a pu avancer, n’en était pas moins conscient, ainsi qu’il le note au début du cas Dora :

« Il est certain que les malades n’auraient jamais parlé s’ils avaient pensé à la possibilité d’une exploitation scientifique de leurs aveux et c’est tout aussi sûrement en vain qu’on leur aurait demandé l’autorisation de les publier » (Cinq Psychanalyses, Paris, PUF, p. 2)


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