CONFORMISME ET CONSERVATISME



Numéro 136
ISBN : 978-2-84795-357-2
141 pages
Date de parution : septembre 2016
23.50 €



Éditorial

On serait tenté de penser que le conformisme, jamais loin du conservatisme et d’un juste milieu, protègerait contre le fanatisme mais l’histoire récente et l’actualité nous montrent qu’il n’en est rien et que le conformisme peut aller dans le sens d’une complaisance au fanatisme, même si c’est sous le masque d’un dissentiment de surface à l’égard des excès d’une politique par ailleurs garante de l’ordre. Mais les livres jetés au bûcher dans l’Allemagne nazie, les Bouddhas fracassés en Afghanistan, le saccage de Palmyre en Syrie et aujourd’hui la violence meurtrière en Europe s’argumentant, en autres, de la condamnation des joies impures de la musique, montrent qu’il n’y a plus de domaine protégé et que l’art et la culture peuvent être jugés suffisamment dangereux et insupportables pour qu’il faille les détruire.Cet hommage involontaire rendu à la puissance des plaisirs sublimés pose la question de l’équilibre des forces en présence lorsqu’à la haine fanatique s’opposent l’émotion musicale, le pouvoir du Beau ou celui de la pensée. Est-ce que le développement culturel de l’espèce humaine réussira à lui permettre de maîtriser la perturbation apportée à la vie en commun par l’humaine pulsion d’agression et d’auto-anéantissement, question que Freud (1930a) considérait comme décisive pour son destin ?  Nous sommes en permanence confrontés à ces questions dans un monde devenu global, agité de crises récurrentes et de guerres de durée indéterminée. Celles-ci n’ont plus lieu entre les armées et les  agresseurs ne viennent pas de l’extérieur. Ce nouveau  monde, où l'interne et l’externe s’entremêlent et où  l’on doit vivre dans une inquiétante étrangeté,  constitue une énigme  et on sait bien que la  réponse donnée au Sphinx n’est plus suffisante pour la résoudre. Du coup, la démocratie  laisse la place aux politiques de sécurité des pouvoirs autoritaires. L’esprit conservateur considère l’homme comme un être  que l’on doit surveiller à cause de sa faible volonté. En termes psychanalytiques, il situe le Surmoi totalement à l’extérieur et ne fait jamais confiance à la conscience  humaine directement. C’est pourquoi il s’entend bien  avec l’autorité sous toutes ses formes et défend le  bien-fondé de l’État autoritaire. La psychanalyse nous permet d'analyser cette culture autoritaire qui s’appuie sur les politiques conservatrices du monde d’aujourd’hui et les effets de cette culture sur la psyché humaine. En ajoutant la notion d’« inconscient »  aux points de vue de la philosophie politique, on a trouvé  indispensable de reconsidérer le conservatisme en  interactions avec des disciplines différentes. Ce numéro de Topique vous invite à une réflexion sur les effets sur la psyché humaine des politiques conservatrices vis-à-vis de la liberté qui est l’une des acquisitions principales de la psychanalyse.



Sophie de Mijolla-Mellor






Sommaire du numéro



• Le Conformisme en politique, dans l’éducation et en psychanalyse
Sophie de Mijolla-Mellor

• Le conservatisme en psychanalyse
Tevfika Ikiz

• Le conservatisme sans mémoire
Besim Dellaloğlu

• Gardiens !
Pina Padar

• Conservatisme en politique et choix d’objet
Irem Atak

• Art contemporain et conformisme
Dominique Fessaguet

• L’Affaire Dreyfus : la patrie française contre les droits de l’homme
Brigitte Demeure

• Une dynamique adolescente de certains jeunes des quartiers populaires : se conformer à des prescriptions religieuses pour tenir à distance une dévalorisation de soi-même et de ses pairs
Joëlle Bordet

• Conformisme de vie, conformisme de mort. Une étude de la conformité psychique à partir de l’Antigone de Sophocle
Jean-Michel Vives
, Frédéric Vinot

• Jeanne ou l’anticonformisme au féminin
Louisa Hedjem

• Djihadistes de Daech : entre fanatisme religieux et psychopathologie
Ali Hamaidia

• Réflexions autour de certains détournements du langage
Yaelle Sibony-Malpertu