L’ACTE POÉTIQUE



Numéro 109
ISBN : 978-2-84795-161-5
297 pages
Date de parution : Avril 2010
21.00 €

Achetez ce numéro

Éditorial

Quand le travail de la pensée ne consiste pas en une utilisation défensive de l’intellect, étayé sur une idéalisation creuse, afin de mettre à distance le pulsionnel, c’est le «plaisir de pensée» qui est à l’œuvre et témoigne d’une sublimation réussie. Le philosophe et le théoricien en général, ne peuvent se passer de l’inspiration nécessaire, qu’ils partagent avec le poète quoique les modalités et le résultat en soient différents.

Mais qu’est-ce qui fait naître l’inspiration chez l’un et chez l’autre et surtout qu’est-ce qui la rend féconde, lui permet de donner «corps» à ces productions psychiques afin de produire l’«œuvre» ?

À l'encontre de l'idéalisme ascétique du Phédon qui fait du corps la prison de l'âme, existe une conviction partagée aussi bien par le poète que l'analyste, qui institue la sensorialité comme le lieu où se déploie la subjectivité.

Le poète, qui taille dans la matière verbale et allie l'énergie de l'âme à celle de la langue dans une saisie immédiate venue de l'inconscient, exprime ce qui se révèle, avant qu’il ne s'éteigne et disparaisse.

L’acte poétique se constitue ainsi de moments fulgurants, faits de saisissements inexplicables, qui s’apparentent à la violence d’un rapt ou au bonheur d’un ravissement insolite.

L’idée d’inspiration a fixé durablement le modèle d’une manie divine qui l’emporterait sur la possession d’un savoir ou la maîtrise d’une technique. Pour le poète comme pour l’analyste, c’est cette «mise en sommeil» de la raison qui permettra le surgissement inopiné des idées, des images et des mots. Acte poétique, et acte d’interprétation sont tous deux indissociables de l’instant parce que le temps poétique comme celui de l’analyse est anachronique.

Les mots qui surgissent, disait René Char, «savent de nous ce que nous ignorons d'eux». L’acte poétique manifeste un «déjà-là», le révèle, le répète à l’infini établissant dans l’instant d’une émotion transmissible un lien avec le corps libidinal qui nous habite.

On trouvera dans ce numéro un prolongement de ces réflexions sur la résonance des mots et des images dans un ensemble de textes réunis par Isabelle Lasvergnas autour du pianiste Glenn Gould.

Sophie de Mijolla-Mellor


Sommaire du numéro



• Adonis ou la réminiscence du corps → Réminiscence du corps et entretien avec Adonis
Houria Abdelouahed

• Poésie et psychanalyse
Qi Jia Shi

• Approche de l’acte poétique chez les anciens Mexicains
Patrick Saurin

• Acte poétique et résonance
Dominique Fessaguet

• Höderlin, dissonance et réconciliation
Jorge Canestri

• La gestation littéraire dans la Recherche
Francis Drossart

• L’acte poétique absolu de Mallarmé et de Lacan
Branko Aleksic

• Le philosophe et le poète
Vassiliki-Piyi Christopoulou

• L’acte poétique chez l’enfant
Catherine Weissmann-Arcache

• Gould la résonance
Isabelle Lasvergnas

• Le ravissement par l’Art
Sophie de Mijolla-Mellor

• L’expérience du sublime
Marianne Baudin

• De l’ek-stase à l’extase
Dominique Fessaguet

• Authenticité et extase
Ghyslaine Guertin

• L’extase singulière du temps selon Glenn Gould
Philippe Choulet

• Glenn Gould, magicien et médecin hypocondriaque du corps-piano
Vincent Estellon

• Le rire de Tirésias
Martine Béland

• Le cas Gould
André Hirt

• Choix pervers, choix sublimé
Sophie de Mijolla-Mellor

• À propos du Choix de la sublimation
Jean-Claude Guillaume

• L’immuable continuité de l’être
René Peran