LA RÉINSERTION PROFESSIONNELLE COMME VISÉE DE LA SANTÉ MENTALE



Numéro 1
Date de parution : Année 2019, III



Éditorial

Date limite de réception des textes 15 juin 2019, parution 15 novembre 2019


Notre époque se caractérise par la généralisation des logiques managériales à tous les domaines de l’activité humaine. Jugée trop passive et inefficace, la logique protectrice et indemnisatrice de l’État-providence évolue en direction de politiques d’activation et de responsabilisation. Ces dernières visent, à l’instar des entreprises, à faire de l’individu l’entrepreneur de sa vie, le gestionnaire de sa réinsertion socio-professionnelle comme de sa trajectoire de soins et de son rétablissement.
Cette figure identitaire idéale se trouve au fondement de la définition de la santé prônée par l’O.M.S. et inspire les réformes politiques en matière de Santé mentale entreprises par les pays européens. En prônant la réinsertion professionnelle comme finalité des interventions de ce secteur, on vise préférentiellement le niveau comportemental – en vue d’acquérir de nouvelles compétences – au détriment d’autres approches thérapeutiques basées sur la parole.
Dans le contexte socio-économique actuel (mondialisation, productivité, chômage, burn-out, …), le travail peut-il véritablement constituer la voie royale vers la santé mentale ? En reprenant à leur compte l’idéal de l’entrepreneur, les nouvelles politiques de soins en santé mentale peuvent-elles favoriser la (re)mobilisation subjective à l’égard du « travail » (ordinaire et psychique) de façon à relancer la quête identificatoire, à dépasser les entraves de la psychopathologie ou du conflit identificatoire ? Les politiques d’activation constituent-elles un terreau émancipatoire ou bien ébranlent-elles le socle identitaire de l’individu ?

Sophie de Mijolla-Mellor