LA VOIX DES PASSIONS



Numéro 120
ISBN : 978-2-84795-218-6
208 pages
Date de parution : Octobre 2012
23.50 €

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Éditorial

Pour le psychanalyste, tout ce qui se vit intensément est toujours de l’ordre du souvenir, même s’il prend l’apparence de l’actuel. Mais pour préserver le charme il faut éviter de s’en rendre compte et, dans ce monde soumis à la répétition, ignorer le temps c’est d’abord se protéger contre le changement qui ne saurait être qu’un rabâchage et une dégradation. On navigue dans un présent infini, qui vient rejoindre un passé en attente depuis l’éternité et, quant au futur, il ne se conçoit que comme la répétition du Même. La passion qui se déchaîne dans le coup de foudre se joue donc dans l’instant, celui de la révélation d’une éternité où le temps s’abolit. L’instant isolé vient prendre place parmi les souvenirs et si le passionné sait l’avoir vécu, il ne peut le compter comme une donnée sûre et c’est à chaque fois dans la même imprévisibilité que se réitère la rencontre. Rêver, halluciner, se fondre dans la contemplation d'une œuvre d'art ou s'identifier à un héros, ces moyens pour se défendre contre la réalité relèvent-ils de processus tellement différents ? Nous voilà ramené à l'investissement passionnel par le biais de la souffrance du manque. Lorsqu'il s'agit de drogue, de jeu de hasard ou d'asservissement passionnel à un autre, le risque qu'entraîne cette souffrance est plus grand, parce que l'objet se trouve propre à entraîner le sujet vers un processus d'accroissement où il n'est pas seul maître de la situation. Mais d'autre part, l'objet drogue ou le jeu est relativement plus facile à se procurer que ne le sont parfois les idées pour celui qui investit passionnément sa propre activité de pensée, car celles-ci ne dépendent que de la faculté de création du sujet lui-même qui ne peut dès lors s'en prendre à un autre lorsque celle-ci lui fait défaut. Les autres jouent tout au plus un rôle de facilitation ou d'empêchement momentané vis-à-vis d'une réalisation dont le sujet sait qu'il demeure capable même s'il en est éloigné du fait de circonstances trop défavorables. Le processus sublimatoire est précisément ce qui le défend dans une certaine mesure contre le risque de souffrance du manque vis-à-vis duquel il serait sinon totalement démuni. Il rend possible une transposition des investissements dans une négociation avec les instances idéales qui permet de ne pas donner trop de prise à l'inhibition. Ce numéro de Topique , après celui qui portait sur « Le psychanalyste lecteur de l’écrivain » explorera notamment la manière dont la littérature a mis en mots ces passions qui viennent à la rencontre des nôtres.

Sophie de Mijolla-Mellor


Sommaire du numéro



• La mélo-manie ou la voix objet de passions
Jean-Michel Vives

• Quand l’âme chante, la voix mélodique et son pouvoir affectif
Xanthoula Dakovanou

• Les couleurs chez Flaubert, entre mort et création
Dominique Fessaguet

• Alexandre Papadiamantis, un saint passionné
Nicolas Evzonas

• La passion entre trauma et langage dans l’œuvre de Kateb Yacine. « Se taire ou dire l’indicible »
Saïd Bellahkdar

• Shahriar/Shéhérazade avec Sade
Soraya Ayouch

• Beckett. Au creux des mots
Berta Roth

• Lorenzaccio – Un meurtre pour exalter la vie ?
Jean-Baptiste Rousseau

• Aimer à en mourir. Clinique du crime passionnel
Émeline Garnier
, Magali Ravit

• Cyrano de Bergerac. Le corps et la voix d’un destin
Julien Léon

• Maud Mannoni et les écrivains : passion de l’être, passion de l’écriture
Laure Razon

• Le joueur d’échecs de Stefan Zweig : deux fonctionnements pour une même passion
Claire Favre

• Empreintes du trauma totalitaire dans la création littéraire de Herta Müller
Radu Clit

• L’a-saut de la bête. Réflexions à propos du désir de l’obsessionnel à partir d’une nouvelle de Henry James
Julio Guillen
, Carole Pinel