LES PRESCRIPTIONS SEXUELLES DES RELIGIONS



Numéro 134
ISBN : 978-2-84795-355-8
182 pages
Date de parution : Mars 2016
23.50 €



Éditorial

On attendrait davantage le terme de « prescriptions » dans le registre du juridique ou du médical mais, du point de vue de la psychanalyse, il est plus intéressant d’aborder la question de la relation entre sexualité et religion par le biais du prescriptif plutôt que par celui plus généralement pris soit celui des interdits. C’est en effet un paradoxe car pourquoi prescrirait-on ce qui fait de toute façon l’objet d’une pulsion ? Certes, l’on comprend bien qu’au nom de l’emprise civilisationnelle la sexualité soit régulée mais en quoi devrait-elle être prescrite ? C‘est donc la fonction de la sexualité qui est ici interrogée en qu’elle va au delà de la simple perpétuation de l’espèce. Fonction relationnelle par le lien qu’elle établit entre deux êtres mais qui est exclue parce qu’inféconds : la masturbation solitaire – dont les sexologues nous rappellent qu’elle tient une place prééminente dans la vie sexuelle des hommes et des femmes – et l’amour homosexuel. Fonction sociale par le biais du mariage créateur de la cellule familiale et qui ne doit s’arrêter qu’avec la mort, angoissant carcan lorsque la prescription de fidélité absolue, y compris en pensée, est prise à la lettre. C’est donc aussi la fonction des religions vis-à-vis des sociétés qui se trouve ainsi posée comme lien entre les êtres humains car le lien entre l’homme et son Dieu ne peut être objet de prescription, la sexualité n’y ayant part qu’en tant que psycho sexualité dans les diverses formes de l’extase mystique. L’Éros désexualisé est au fondement de la relation d’amour du croyant à son Dieu et la pratique cultuelle de la sexualité faisait partie intégrante des rites dits païens de l’Antiquité et des religions orientales. On peut en outre considérer que, sous une forme exaltée, sublimée, la relation sexuelle constitue le modèle même de l’alliance de l’humain et du divin. Plus généralement, l’extase du plaisir n’est jamais loin de la transcendance. On ne s’étonnera pas de ce fait que toutes les religions aient eu à coeur de réglementer la sexualité par exemple en la prescrivant dans u n sacrement comme le mariage, en la limitant (interdit de la contraception, de l’homosexualité, de l’amour « libre ») ou en l’interdisant pour les servantes et les ministres du culte. Ainsi canalisé, le sexuel anime et entraîne les passions religieuses sublimées, mais à quel prix et jusque dans quelles limites ? Des images de l’homme, de la femme et du désir se dégagent ainsi de cette présence du sexuel impossible à ignorer, leurs représentations mythiques, iconographiques le cas échéant sont révélatrices des options profondes et des sensibilités des diverses religions. On interroge donc ici les renoncements et les passions qui animent l’expression du religieux et ses codifications. Les monothéismes en s’imposant comme sources de la Loi, ont déterminé des comportements, des valeurs, des attitudes et des postures dans le champ culturel et sociétal. Ces religions, en donnant du sens à la vie, régulent aussi les relations à autrui, lesquelles sont soumises aux pulsions sexuelles et agressives. Aussi, s’adressant aux clercs aussi bien qu’aux laïcs, ces monothéismes ontils été conduits à prescrire ou à interdire diverses formes de la sexualité, domaine que l’on serait pourtant tenté de considérer comme relevant du pulsionnel et donc d’un choix privé. L’étude du détail de cette régulation et de ses variations repose la question freudienne du «Malaise dans la civilisation » en rappelant que le sentiment de culpabilité n’est rien d’autre qu’une variante de l’angoisse et plus spécifiquement de l’angoisse devant le Surmoi bien qu’il lui préexiste. Ce « Surmoi de la communauté civilisée » (Kultur-Uberich) dont nous parle Freud, la question des prescriptions sexuelles permet d’en réinterroger les fondements, la fonction régulatrice et l’éventuelle nocivité.


Sophie de Mijolla-Mellor


Sommaire du numéro



• L’homme, le divin et la sexualité dans la civilisation ancienne de l’Iraq et de la Syrie
Fayssal Abdallah

• Du désir au Nirvãna. Le destin bouddhique de la sexualité
Elizabeth Kaluaratchige

• Les prescriptions sexuelles dans le Catéchisme de l’Église catholique aujourd’hui
Christian Bazantay

• L’idéal de virginité d’après les Pères de l’Église latine
Fawzia Tazdait

• La sexualité dans le mariage. un avant-goût du Paradis
Saïd Bellahkdar

• Circoncire
Henri Cohen-Solal

• Incidences des prescriptions sexuelles sur les positions féminines dans l’Ancien Testament
Lina Cohen

• De la différence à l’émergence d’une question: sur la modalité distinctive du monothéisme juif
Amos Squverer

• Homosexualité et Torah
François Ardeven

• Détruire les dieux d’autrui singularité abrahamique
Jean-Pierre Castel

• La sexualité dans la philosophie positiviste d’Auguste Comte, et ses effets dans le discours nationaliste de l’Action française
Brigitte Demeure

• Idéalisation et besoin de croire
Tevfika Ikiz

• Folie pubertaire et sexualité diabolique dans les débuts de la psychanalyse
Florian Houssier
, Angélique Christaki

• Puiser à la source, les rituels du corps en islam
Soraya Ayouch