LE DIAGNOSTIC EN SANTÉ MENTALE



Numéro 123
ISBN : 978-2-84795-245-2
210 pages
Date de parution : Juin 2013
23.50 €

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Éditorial

Pour « faire un bon diagnostic » il faut savoir observer, avec un coup d’œil vif et tranchant ; investiguer, de manière souple et déterminée mais aussi juger, sur la base de critères nets et assurés. Or, l’observation et l’investigation s’apprennent d’abord en pratiquant car la théorie n’éclaire qu’indirectement ce type d’activité intellectuelle. C’est en racontant ou en montrant un cas à des collègues, que des manières de faire et des indices pertinents (ou pas) ressortent et sont mis en discussion. Aborder le diagnostic via l’angle de ce qui se passe en supervision est donc une première piste d’étude. Un praticien se pose fréquemment deux types de questions sur le diagnostic, surtout lors des premiers entretiens. La première porte sur la possibilité d’une psychose et la seconde sur la dangerosité du patient pour lui-même et pour les autres. Mais se pose aussi la question pour le clinicien de la nocivité possible de ses réponses, de ses attitudes voire de ses propositions thérapeutiques. Quelle est alors la place de l’analyse du contre-transfert ? Juger est en revanche un processus très compliqué et épineux. Il s’agit de discerner, de faire parler, d’ordonner des indices qui ont émergé et que l’on a enregistrés lors de l’entretien. Mais selon quels critères ? A priori, un médecin qui « fait le bon diagnostic » s’appuie sur des critères scientifiques, indépendants de jugements de valeurs et critiquables ce qui est très complexe voire hors de propos pour les praticiens de la santé et de la pathologie mentale qui ont fréquemment des avis très différents sur un même patient. Ce qui renvoie leur avis à une opinion et pas à une expertise. De plus, un patient peut se montrer très différent à quelques jours voire quelques minutes d’intervalle. Les critères de jugement en eux même peuvent avoir été élaborés sur des conceptions dissemblables et devenir contradictoires à propos d’un même phénomène. Les débats sur ces problèmes, et notamment autour du DSM ont plutôt eu tendance à radicaliser des positions divergentes sur des définitions générales de la maladie mentale.
Trois domaines d’application seront à étudier :
- le médico-légal : usages du diagnostic dans la pratique médico-légale, réponse à la question de l’irresponsabilité, importance particulière aujourd’hui de la notion de trouble de la personnalité.
- Le médico- administratif : usages des diagnostics dans le cadre de la gestion des institutions médico-psychologique ou médicosociale, possible influence du diagnostic épidémiologique sur les décisions prises.
- Le théorique tel qu’il ressort dans la fabrique d’un manuel diagnostic impliquant de s’interroger aussi sur les impacts des contraintes administratives dans sa conception.

Sophie de Mijolla-Mellor


Sommaire du numéro



• Le diagnostic psychiatrique à l'ère de la médecine industrielle
Frédéric Advenier
, V. Kapsambelis

• Le process de construction de l'esprit malade et de sa maintenance à l'ère de l'Evidence-Based Mental Medicine
Xavier Briffault

• L'épidémiologie psychiatrique en question : peut-on déterminer le nombre de malades mentaux dans une population ?
Bruno Falissard

• Les Troubles de la personnalité dans le DSM : les raisons d'une crise nosologique
Steeves Demazeux

• Suspendre le DSM
Francis Drossart

• Le DSM et comment s'en libérer
François Chapireau

• Les névroses mixtes à l'épreuve de la démarche diagnostique : destin freudien des leçons de Charcot
Thomas Lepoutre
, F. Villa

• Le sujet en excès dans la biopolitique
Joël Birman
, Christian Hoffmann

• Pour une conception dialectique du symptôme dans l'étude des conceptualisations nosographiques en psychopathologie
Benoist Fauville

• Sur certains enjeux du diagnostic de catatonie
Yorgos Dimitriadis

• Outils diagnostiques dans le monde contemporain
Angélique Christaki

• Asthmatique, mais encore ?... L'examen psychologique et les conduites diagnostiques délicates dans les cliniques interstitielles, (somato) psychiques et périnévrotiques
Valérie Boucherat-Hue

• Orthorexie : un questionnement psychopathologique
Elizabeth Kaluaratchige

• Le déni de grossesse : une entité clinique valide ?
Céline Pereira de Oliveira