LE HÉROS ADOLESCENT ET LA MORT



Numéro 125
ISBN : 978-2-84795-247-6
158 pages
Date de parution : Janvier 2014
23.50 €



Éditorial

Le héros est celui qui accomplit des « hauts faits », des « actions d’éclat ». Quel adolescent, empêtré dans la désespérance de sa petitesse au regard de l’enfant idéal qu’il croyait être, n’en rêverait ! Mais ces actions ont partie liée avec la mort, celle qui va lui permettre de rejouer l’énigme de sa propre vie en en faisant un enjeu majeur. Aussi, lorsque Freud (1915) écrit que la guerre oblige à croire à la mort et que « en mettant fin à l’impression de hasard, elle redonne intérêt à la vie qui retrouve son plein contenu », il ne fait que retrouver un thème fort ancien. Le dialogue entre Achille et Agamemnon dans l’Iliade nous rappelle en effet que la différence entre l’honneur d’état - celui du pouvoir royal - et l’honneur héroïque - celui du guerrier - repose précisément sur la capacité d’accepter le risque de la mort au combat. Dans cette mise en jeu, le héros ne peut qu’être gagnant. En effet, puisqu’il ne cède rien à son adversaire,  il en aura la maîtrise qu’il le tue ou le réduise à sa merci, ce que Hegel rappellera dans la  Phénoménologie de l’Esprit  à propos de la dialectique du Maître et de l’Esclave. Et, si le héros périt, il va survivre en gloire dans la renommée que lui assurera l’aède. De plus, mourant dans la fleur de sa jeunesse et de sa beauté, il sera éternellement « kalos k’agathos », délivré de la mort naturelle par vieillissement. Et  enfin il sera « athanatos », car en ayant choisi sa mort, il est vainqueur de la nécessité biologique.  Ce dernier point est particulièrement significatif en ce qu’il nous rapproche du paradoxe de la mort acceptée pour vivre. Pour cela il faut renoncer à la vie humaine normale qui est éphémère parce qu’elle n’a pas été choisie ni dans son origine ni dans sa fin. Risquer la mise suprême, c’est donc s’approprier sa vie et dominer l’absurde, l’insaisissable de la mort subie qui vide toute chose de son sens.

Sophie de Mijolla-Mellor


Sommaire du numéro



• La mort du Héros
Sophie De Mijolla-Mellor

• Constructions du héros à l’adolescence
Gianluigi Monniello

• Le courage du héros n’est pas sans risque
Sydney Levy

• L’adolescent héros : le paradoxe du devenir dans l’agonie
Nader Barzin

• De grands pouvoirs…
Kévin Poezevara

• L’adolescence, une transformation « impossible »: Entre l’héroïsme grec et la pensée chinoise de la transformation
Amos Squverer

• Jeanne la Pucelle : le tranvestisme à l’origine du héros
Louisa Hedjem

• Malraux, héros adolescent
Francis Drossart

• Deuil des héros antiques
Roseline Bonnellier

• L’héroïsme à l’adolescence comme mise à l’épreuve des théories infantiles sur la mort
Héléna Fulchiron
, Jean-Jacques Rassial

• Magnus Hirschfeld (1868-1935) et la femme soldat
Giles Tréhel

• Achille, un héros homérique épris d’absolu
Nicolas Evzonas