LE LIEN SOCIAL À L'ÉPREUVE DE LA VIOLENCE



Numéro 122
ISBN : 978-2-84795-264-3
174 pages
Date de parution : Mai 2013
23.50 €

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Éditorial

Le présupposé théorique qui sous-tend le thème de ce numéro de Topique est celui d’un contrat implicite qui relie les individus au sein de la société selon la place qu’ils y occupent et la fonction qu’ils y assurent. Ce qui caractérise le lien à tous les niveaux est en effet son historicité : l’avant engendre l’après, mais l’anticipe et lui donne une forme, vis-à-vis de laquelle il devra se situer et où il puisera ses repères identificatoires. Quelles sont les causes qui viennent mettre en échec le lien social et comment peut-on y remédier : tels sont les objectifs des questionnements qui vont suivre selon divers champs de situations cliniques: Celui de la criminogenèse, ouvrant sur celle des pathologies psychotiques, psychopathiques et perverses, et requérant le rôle du psychologue dans les centres de détention mais aussi dans le cadre de l’expertise juridique et de la relation avec les acteurs du système juridique en général. Celui que la psychanalyse partage avec la psychosociologie dans une approche interdisciplinaire posant des questions comme celle du sentiment d’identité individuelle et groupale et sa relation à l’ordalie de la violence mais aussi celle du devenir l’idée de citoyenneté lorsqu’elle est confrontée à la relation communautaire. Celui des violences physiques et psychiques intrafamiliales lorsque se trouve mis en échec le rôle de la cellule familiale consistant à assurer un premier lien préparant au lien social dont elle constitue un maillon fondamental et dont elle transmet les valeurs à l’enfant tout en étant porteur à l’égard de celui-ci d’un apprentissage des règles sans lesquelles il ne pourra ultérieurement trouver sa place d’adulte. Celui des situations d’exclusion et de réinsertion générés par l’évolution des sociétés qui confronte certaines catégories de population à l’exclusion économique et sociale. De même les malades mentaux ou plus généralement les sujets en situation de handicap rencontrent des difficultés analogues. Les solutions à apporter ne se limitent pas aux aspects matériels et elles impliquent une dimension psychologique sans laquelle elles sont vouées à l’inefficacité. Un sentiment, si aigu soit-il, du lien social assure-t-il à un collectif sa relative stabilité ? L’adage, bien connu, selon lequel il faudrait aimer son prochain, apparaît confortable pour la pensée car cette dernière envisage alors, et de façon clivée, d’une part la promotion séduisante d’une harmonie entre ses membres, et d’autre part le rejet de la discorde qui menacerait le collectif. Pour autant, la « paix des ménages » ne reste-t-elle pas mauvaise conseillère en la matière ? En effet, un groupe qui se donnerait comme programme la recherche à tout prix du consensus n’œuvre pas forcément pour sa propre paix sociale. Sa bonne marche nécessite un mélange, celui des opinions de toutes sortes, et unique dynamique à même de pouvoir impulser un certain mouvement. On le voit donc, nous sommes bien loin de l’injonction à aimer l’autre et encore moins de la fidélité au consensus. Le lien social ne se décrète pas. Plus, il demande à être en permanent remaniement soit interne, soit du fait d’un apport extérieur. On se posera donc la question de savoir en quoi le risque de son idéalisation au cœur du collectif entrave ces nécessaires transformations qui le font vivre ou a contrario quelles violences le met à l’épreuve au risque de l’entamer voire de le mettre à mal. Idéalisation et violence feraient courir au lien social, chacune selon son propre fonctionnement, des risques comparables, qu’on peut aisément imaginer.

Sophie de Mijolla-Mellor et Sydney Levy



Sommaire du numéro



• Xénophobie et stigmatisation en France. Enjeux pour les jeunes issus de l’immigration
Joëlle Bordet

• Les crimes d’honneur (de namus) : du narcissisme de vie au narcissisme de mort
Levent Kayaalp

• De la haine nécessaire à la clôture totalitaire du sens
Gerassimos Stephanatos

• Psychanalyse du soupçon, l’altérité mise à l’épreuve
Caroline Thibaudeau

• La demande d’asile: l’attente du lieu d’un lien social ?
Pascale Baligand

• Pour une démocratie écologique
Mathieu Blesson

• Le monstre: une altération esthétique pour penser l’humain
Virginie Martin-Lavaud

• Injonction de soins et populisme pénal. La tension entre mêmeté et altérité pour l’agresseur sexuel et sa victime
Christophe Chevalier

• Quels opérateurs basculent le fraternel en fraternité ? Étude clinique de la subjectivité franc-maçonne
Ingrid Chapard

• Facebook: de la communauté virtuelle à la haine
Angélique Gozlan

• Lecture des émotions et du comportement violent cartographiés dans le cerveau
Marilia Etienne Arreguy

• Fondement de la souffrance dans le processus psychosexuel chez les jeunes filles iraniennes
Esmat Torkghashghaei

• Parricide, infanticide: réalités, représentations et cycle paternel. Perspectives en notre époque de globalisation
Jacques Arènes