PENSÉE POLITIQUE ET ENGAGEMENT



Numéro 124
ISBN : 978-2-84795-246-9
217 pages
Date de parution : Novembre 2013
23.50 €

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Éditorial

C’est une approche psychanalytique et une interrogation éthique sur le passage de la construction des idées à la fabrique des idéologies qui fait l’objet de ce numéro de Topique. L’idée que le philosophe est le mieux placé pour donner des conseils au Prince voire pour gouverner la Cité n’est jamais très loin de l’attitude de ceux qu’il est convenu d’appeler les « intellectuels ». Sollicités par les médias de donner leur avis éclairé sur tel ou tel fait d’actualité, il leur est souvent bien difficile de résister à la tentation de sortir de la réserve, que devrait pourtant leur suggérer l’oiseau de Minerve, quant à la nécessité de prendre le temps de la réflexion. Mais peut-on s’abstraire de l’engagement politique ? On ne vise pas ici le fait que des intellectuels à titre simplement citoyen puissent avoir une action politique - en manifestant, signant des pétitions ou en étant membres d’un parti –mais le fait qu’ils le fassent au nom de leur qualité voire de leur œuvre. C’est la rencontre entre une pensée, une création qu’elle soit de nature théorique ou artistique avec une mise en acte politique qui retiendra ici notre analyse. Quelle fonction occupent-ils alors pour les politiques ? Sont-ils des alliés bienvenus ou des témoins gênants ? On envisagera à partir d’exemples aussi bien la fonction incitatrice d’un tel engagement pour l’auteur d’une œuvre, qui va s’y trouver pour un temps confondue, que le souffle conféré à l’action politique par les mots et les images de ceux qui vont porter leurs idéaux au-devant du public. On s’interrogera aussi sur les risques que cet engagement peut impliquer pour celui qui quitte le domaine de la pensée et sa traduction langagière ou plastique pour l’action avec ses emportements et son absence de limites. En effet, considérer la pensée comme un acte vise à lui restituer tout son poids, sa valeur et partant sa responsabilité historique. La mise en acte politique s’appuie volontiers sur des textes qui peuvent appartenir à diverses disciplines allant de la philosophie politique à l’anthropologie, voire à la biologie. Quel est l’impact de tels textes dans la praxis politique, est-ce que tous peuvent au même titre se trouver instrumentalisés dans un agir que l’auteur était souvent loin d’avoir prévu. L’histoire de la philosophie est riche d’exemple à cet égard allant de Machiavel à Marx et ainsi Carl Schmitt invoquera pour sa défense au tribunal de Nuremberg qu’on n’aurait pas trainé Rousseau devant des juges parce que sa pensée avait inspiré les Jacobins… Quand et comment passe t’on la limite qui va transformer en actes une réflexion ou une illustration artistique? La pensée, qui ne peut exister que libre, doit-elle pour autant être considérée comme irresponsable vis-à-vis de ce qu’elle peut engendrer ?
Sophie de Mijolla-Mellor


Sommaire du numéro



• L’engagement politique des intellectuels
Sophie De Mijolla-Mellor

• La pensée comme excitation et son partage
Jean Clam

• Carl Schmitt demande l’amnistie, en termes platoniciens, 1949
Branko Aleksic

• Colóquio Sublimação e responsabilidade política do théorico
Ana Maria Loffredo

• La responsable irresponsabilité de Freud: Essai sur le Witz et la politique de la psychanalyse
D. Kupermann

• Servitude volontaire et masochisme dans la modernité. Freud et la responsabilité politique de la psychanalyse
Joël Birman

• Le mur et le rire de la servante
Jean Peuch-Lestrade

• Zola, 13 janvier 1898
Francis Drossart

• Maurice Blanchot, déserter le mythe
Claire Nioche-Sibony

• Le désengagement politique: analyse d’un phénomène contemporain
Mathieu Blesson

• Engagement politique des intellectuels et psychanalystes
Nader Barzin

• Se réfléchir ou l’effort pour briser la clôture
Stephanatos Gerassimos

• Deux Eitingon
Mikhail Reshetnikov

• La science pour arbitre ?
Maud H. Deves