PSYCHANALYSE ET CRIMINOLOGIE



Numéro 117
ISBN : 978-2-84795-207-0
206 pages
Date de parution : Janvier 2012
21.00 €

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Éditorial

Refermer sa porte ou ses frontières pour se mettre à l’abri de l’étranger n’est qu’une apparence de prudence qui néglige le danger plus grand encore venu de l’intérieur, qu’il s’agisse de l’espace familial ou du territoire national. Dans ce scénario paranoïde il n’y a pas d’échappatoire possible autre que la destruction de l’autre qui est alors aussi celle de soi-même. Est-ce que la psychanalyse s’est attachée à apporter une réflexion utile à la criminologie dans ce domaine ?

Le regard psychanalytique va ouvrir une interrogation là où l'évidence factuelle assignait des places: celle de la victime et celle du fauteur de violence. Le psychanalyste lui-même ne se voit-il pas dans sa pratique la plus quotidienne adresser la demande de reconnaître et d’exprimer le juste dans les conflits relationnels portés sur son divan comme dans un prétoire? L'analyse de la demande et du désir inconscient qu’elle abrite n'est certes pas transposable en tant que telle hors de la cure et elle a vocation à demeurer privée et secrète, mais la dimension qu'elle ouvre sur cette autre scène peut constituer un élément de réflexion pour ceux qui ont la tâche et l'obligation sociale de dire le droit.

Reconnaître le juste rencontre un obstacle majeur en matière de meurtre qui tient au paradoxe de l’empathie spontanée avec l’auteur des actes jointe à son refoulement qui fait de celui-ci une énigme. L’incommunicabilité avec l’acte criminel est en réalité d’une double nature: d’une part celle du public, du jury d’Assises, du magistrat voire de l’avocat et d’autre part, celle du criminel lui-même vis-à-vis de son propre acte. Qu’il tente après coup de revendiquer l’entière paternité de meurtres prémédités et souhaités ou qu’il les considère comme lui ayant été imposés par ses pulsions, son hérédité ou les carences de la société à son égard, ne fait pas une grande différence quant à la compréhension que le sujet peut avoir de son agir.

Et pourtant, qu’il ait pu en toute connaissance de cause, choisir de commettre les faits qui vont lui ôter la possibilité de jouir de la vie pendant vingt ans ou davantage aurait dû impliquer qu’il ait eu au moins conscience de la portée de ce qu’il faisait.

L’approche psychanalytique est précisément basée sur ce déplacement vers une logique inaccessible de prime abord et qui échappe tant à la motivation consciente de l’actant qu’aux catégories de la justice en termes de responsabilité. Et ce qu’elle rappelle de prime abord, c’est l’universalité du meurtre, du moins en fantasme, qui subit le même refoulement que la sexualité œdipienne et avec lequel le sujet va entretenir une semblable incompréhension mêlée de fascination.

L’objet de ce numéro de Topique est donc de réunir des réflexions et recherches issues de diverses pratiques (psychanalyse, droit, psychologie des collectifs) en partant d’exemples historiques de meurtres commis dans l’espace interne de la famille mais aussi en élargissant le questionnement à la destructivité qui se joue avec le voisin vécu comme trop semblable ou trop proche. La dimension métapsychologique de ce que Freud a nommé le «narcissisme des petites différences» et Lacan l’«agressivité spéculaire» constitue des opérateurs conceptuels pour penser ces meurtres qui vont se commettre parce que l’autre est vécu par le sujet comme menaçant son identité par envahissement, avalement, contamination.

Sophie de Mijolla-Mellor


Sommaire du numéro



• Rendre compte d'une analyse
Sophie de Mijolla-Mellor

• Humanisme et châtiment. Le meurtre de l’hôte
Stamatios Tzitzis

• Tueurs en série et acteurs de génocide (pour que tuer devienne facile)
Daniel Zagury

• Meurtre sur enfants: perspectives psycho-pathologiques en psycho-criminologie
Loïck M. Villerbu
, Astrid Hirschelmann

• Emprise criminelle familiale
Philippe Bessoles

• L’enfant idéal, un frère sacrifié. Du fratricide à la cession altruiste
Florian Houssier

• Sacrifices infanticides
Kyveli Vogiatzoglou

• Tout ce que je viens de dicter est la vérité. Crimes et familles dévastées
Carole Pinel

• L’ombre de l’enfant mort. Clinique de l’infanticide
Magali Ravit

• Suicide ou meurtre en famille ?
Delphine Bonnichon

• Sacrifier la mère
Véronique Donard

• Présentation du dossier inédit d’Élisabeth Geblesco sur Pierre Rivière, 1973
Branko Aleksic

• Il était une fois…Jack l’Éventreur
Francis Drossart

• Meurtres dans la nation: contribution à l'épistémologie psychanalytique
Nader Barzin

• Les héritiers de Caïn et Abel
Vassiliki-Piyi Christopoulou

• Petits meurtres en famille
Jean-Pierre Chartier

• Logique juridique et logique psychanalytique, une possible rencontre ?
Sophie de Mijolla-Mellor

• The Transgenerational Impact of Collective Trauma - a Psychotherapeutic View
Alf Gerlach